Les savoirs de l’environnement : tensions lexicales, recouvrements théoriques, écarts conceptuels

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Période: 
20142015
Financement (s): 
Présentation

Aujourd’hui, le terme d’environnement est le dénominateur commun de discours et de pratiques dont ;on pense à première vue qu’ils portent sur le même objet. Pourtant, quoi de commun, exactement, entre protection de l’environnement, éthique environnementale, droit de l’environnement, interactions gènes-environnement, influence de l’environnement, dégradation de l’environnement via le changement climatique, ou encore le succinct et sibyllin « environnementalisme » ?

Le présent projet entend construire une analyse de ce qu’on pourrait nommer le champ de l’environnemental : repérer les convergences sémantiques, les équivocités, les différentes logiques discursives et les références à des cultures épistémiques distinctes traversant et structurant la pluralité des discours et pratiques qui sous une forme ou une ;autre se disent traiter de « l’environnement ». Il vise à contribuer à dissoudre un certain nombre d’incompréhensions ou de problèmes artificiels nés de la conflation de logiques ou de significations différentes, à formuler les problèmes spécifiques sur lesquels une vraie approche interdisciplinaire peut être construire, et enfin à identifier les ressources susceptibles d’être mobilisées pour les traiter.

Il s’agit donc d’un projet intrinsèquement philosophique, au sens où l’analyse conceptuelle y est la démarche motrice. À celle-ci s’adjoignent un questionnement historique sur la genèse du champ considéré, et en particulier sur la généalogie des déplacements et transferts sémantiques, ainsi qu’une composante sociologique qui vise à éclairer à la fois la relation des acteurs aux discours, des types d’intérêts aux acteurs et finalement des discours aux pratiques : par exemple, qui parlera d’effets de l’environnement, dans quel but et sous quelles conditions économiques et sociales ? En ce sens le projet sera mené par des philosophes des sciences, conjointement avec des historiens des sciences et des techniques, des sociologues, et en partenariat avec les agents eux-mêmes qui se situent dans le champ de l’environnemental : sujets théoriques, comme des écologues, des biologistes de la conservation, ou des économistes de l’environnement ; sujets pratiques, comme des ingénieurs écologues, des juristes, des praticiens de la restauration de sols, des ingénieurs des eaux et forêts – et enfin, agents institutionnels : représentants d’organismes comme la FRB (Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité), le GIEC (Groupe intergouvernemental d’étude du climat), etc., ces agents se déployant selon une gamme qui va de l’étatique et de l’ONG à la sphère privée : bureau d’études, etc. L’hétérogénéité de ces types d’agents illustre en quelque sorte déjà le besoin d’une langue commune, et l’urgence de la question de la communauté conceptuelle, lexicale et axiologique qui unirait ces agents.

Le projet se construira autour de trois volets : disciplinaire, conceptuel, et pragmatique (au sens de la philosophie du langage). L’investigation générale du champ de « l’environnemental » se concentrera sur deux types d’objets, appelés « objets-clés », pour lesquels l’ensemble des questions de recherche seront mises en jeu : la biodiversité – notions, représentations, pratiques – et la restauration des écosystèmes ou l’ingénierie écologique.