ROUILHAN (de) Philippe

Directeur de recherches émérite, CNRS

Après une série de travaux publiés de 1969 à 1977, dont il ne sera guère question dans cette présentation, Ph. de Rouilhan a poursuivi, pendant une vingtaine d'années, une recherche de caractère historique, mathématique et philosophique dont le fil directeur était la question des paradoxes et dont l'enjeu était la mise à jour de l'essence de la logique moderne, du milieu du XIXème siècle à nos jours.

Comme le faisait son maître, Jean van Heijenoort, Ph. de R. distinguait deux traditions dans l'histoire de la logique moderne: la tradition "universaliste " (Frege, Peano, Russell, etc.), et la tradition "modèle-théorétique " (Boole, Schröder, Löwenheim, etc.); et deux périodes, la période "classique ", jusqu'aux années trente, dominée par la première tradition, et la période "contemporaine ", à partir des années trente, dominée par la seconde. Mais, au contraire de Jean van Heijenoort, il soutenait la première conception et non la seconde, ou plutôt, il soutenait une version revue et corrigée de la première conception, qu’il appelait "universalisme interne ".

Trois livres, formant une trilogie, étaient prévus, dont les deux premiers, consacrés aux pères fondateurs de la logique moderne, et plus précisément de la tradition universaliste classique, Frege et Russell, sont déjà parus (Frege. Les paradoxes de la représentation, Ed. de Minuit, 1988 ; Russell et le cercle des paradoxes, P.U.F., 1996 [Prix Cavaillès]). Le troisième est en préparation, qui fera une large place à Tarski, le fondateur de la sémantique et de la théorie des modèles dans sa forme contemporaine. A ces trois volumes se seront rattachés la plupart des travaux de Ph. de R. depuis le début des années 80. S'il y a quelque chose à reprendre de ses travaux les plus anciens, c'est dans ce troisième livre qu’il le reprendra.

Mais un autre projet non moins ambitieux s'est imposé à Ph. de R., au début des années 90, centré sur la notion de contenu (ou sens, ou signification, etc.). Les références classiques majeures sont ici Frege, Husserl, Russell, Carnap, Church, Quine. Les premiers articles de Ph. de R. sur la question restaient de caractère général et philosophique. Les articles plus récents, parus ou à paraître ou encore en préparation, sont ou seront parfois de caractère hautement technique. Pendant plusieurs années Ph. de R. a fait porter la majeure partie de son effort de recherche sur ce nouvel axe et exposé ses résultats dans des conférences invitées de congrès ou colloques internationaux, en Italie, au Canada, en France, au Brésil, et au Royaume-Uni. Son ambition est d'explorer divers types possibles de logique du contenu, en particulier des logiques que l’on peut qualifier de néo-fregéenne (ou logique du sens et de la dénotation), néo-russellienne (ou logique de la signification), néo-carnapienne (ou logique neutre). Dans l'exploration des deux premiers types, le grand logicien américain A. Church et l'un de ses disciples, C. A. Anderson, se sont déjà aventurés, mais les logiques qui sont sorties de leurs mains sont, au sens technique du terme, des "théories des types". Or, ce que Ph. de R. cherche, ce sont des logiques du contenu qui soient "type-free". Sans vouloir expliquer ici le sens technique de cette exigence, disons que l'expérience en matière de logique montre que c'est du côté des théories qui y répondent que se trouvent puissance et flexibilité. Un seul philosophe, jusqu'ici, a tenté d'élaborer une logique du contenu de ce genre, c'est G. Bealer (Quality and Concept, Clarendon Press, 1982), mais on considère généralement, et à juste titre, que sa tentative s'est soldée par un échec.

La plus importante publication de Ph. de R. sur ce nouveau chantier est la première partie (44 pages) d’une longue étude consacrée à ce qu’il appelle "le problème fondamental de la logique de la signification", parue (en anglais) en 2004 dans un numéro de la Revue Internationale de Philosophie dont il a été le guest editor. Ph. de R. n'abandonne pas pour autant l'exigence de mener à son terme la rédaction de son troisième livre sur les paradoxes. Il y a même consacré presque exclusivement les deux dernières années. Son article le plus pointu sur le sujet, écrit en collaboration avec son meilleur élève, Serge Bozon, est à paraître en 2005 dans le volume Schilpp consacré à J. Hinntikka.

Équipe(s) de recherche